Chaque année, à la mi-août, Embrun vit au rythme de l’Embrunman. Un événement mythique, impressionnant, incontournable… et synonyme de routes bloquées, de circulation compliquée et d’une vallée complètement saturée dès l’aube.
Plutôt que de rester à la maison en attendant que ça passe, on a choisi une autre option : partir.
Sans aller loin. Sans traverser la France. Juste en changeant de vallée.
Quitter la vallée de la Durance pour prendre la direction du Champsaur, c’est déjà se dépayser. En quelques kilomètres, le décor change.
L’objectif de ce week-end de trois jours dans le Champsaur était simple : éviter la foule, profiter de la montagne en plein mois d’août et tester une nouvelle fois la liberté qu’offre la tente de toit. Dormir au plus près des départs de randonnée, partir à l’aube, vivre au rythme du soleil… et redécouvrir qu’il suffit parfois de changer de vallée pour avoir l’impression d’être ailleurs.
Jour 1 – S’installer la veille, partir tôt et éviter le trafic du 15 août
On s’est posé la veille au soir directement sur le premier parking de randonnée de la station de Chaillol 1600. L’idée était simple : partir tôt le lendemain matin et éviter les routes saturées du 15 août, surtout avec l’Embrunman qui commence aux aurores.
On était loin d’être les seuls à avoir eu l’idée de dormir sur place, mais au moins, au réveil, on était déjà au point de départ de la rando. Et ça, quand on voyage en tente de toit, c’est un vrai luxe.


On s’est levé tôt (sans réveil), comme souvent en tente de toit. La lumière traverse la toile, les bruits du matin s’installent doucement, et c’est parti.
Randonnée au col de la Pisse : une boucle accessible et panoramique
Pour cette première journée, j’avais repéré sur Visorando une randonnée en boucle au départ de la station : direction le Col de la Pisse.
Le critère était simple : montée et descente progressives, boucle avec retour au point de départ, et surtout pas un trek sur plusieurs jours. Même si le secteur permet d’enchaîner les vallées grâce aux refuges, ce n’était pas du tout notre objectif. On voulait une rando à la journée, avec pique-nique au sommet et retour au camp de base le soir.
On est donc parti directement du bas de la station, à 1600m. La montée est régulière, jamais brutale. En plein mois d’août, on s’attendait à croiser beaucoup plus de monde, mais finalement, c’était très raisonnable. Et gros point positif : une bonne partie du sentier est à l’ombre. En plein été, c’est loin d’être un détail.




Arrivés au col, le paysage s’ouvre complètement. Forcément, passer un col, ça veut dire découvrir l’autre versant. Et là, la vue plonge sur tout le Champsaur. Double panorama, sensation d’espace, et ce petit moment de silence quand on pose le sac pour sortir le pique-nique.
Non, je déconne, y’avait quand même une famille avec 2 enfants qui jouaient, pour le silence on repassera, mais ça faisait joli de l’écrire comme ça 😂
Idée bivouac en montagne
Petit aparté pour celles et ceux qui envisagent un vrai bivouac montagne : juste en contrebas du col, une dizaine de mètres plus bas avant d’y arriver, il y a une belle zone plate. Franchement parfaite pour planter une tente.
Je n’ai pas vérifié la réglementation précise sur ce secteur, donc à confirmer avant d’y dormir, mais le spot est vraiment sympa. Nous, l’idée restait de dormir en tente de toit, donc retour au véhicule en fin de boucle.
Repérage d’un nouveau spot en tente de toit
En redescendant, on a repéré un parking non indiqué, qui semble assez récent. Probablement un futur aménagement lié à la station. À côté, un bassin de rétention d’eau (pas un lac naturel, plutôt un point artificiel utilisé l’hiver).
C’est là qu’on a décidé de se poser pour la nuit.
Il y avait une petite cabane ouverte, un peu bancale (on va être honnêtes, si un gros coup de vent se lève, elle ne fait pas long feu) mais suffisamment solide pour nous permettre d’y adosser la tente de douche et ainsi être protégé des petits coups de vent. Et ça, c’était parfait. Même si on n’a pas croisé énormément de monde sur les sentiers, les abords des parkings restent relativement passants. Pouvoir se doucher à l’abri des regards, c’est toujours appréciable (merci la tente de douche).
Eau, recharge et repos
Point très pratique à Chaillol 1600 : un point d’eau potable en bas de la station. On a pu remplir les bouteilles pour les randonnées suivantes sans problème.
Comme on avait commencé très tôt, on a terminé la randonnée en tout début d’après-midi. Et quand on part à l’aube, on est aussi lessivés plus tôt. On est donc allé se poser en terrasse dans un bar de la station pour récupérer un peu.

Soirée simple et coucher anticipé
Après l’après-midi tranquille en terrasse, on est remonté sur notre spot près du bassin. Douche rapide à l’abri derrière la cabane, préparation du dîner, ambiance calme.



La fatigue de la randonnée se faisait sentir. En tente de toit, on vit au rythme du soleil. Donc coucher tôt, sans forcer. Une première journée réussie : rando panoramique, peu de monde, repérage de spot et vraie coupure avec l’agitation du 15 août.
Jour 2 – Le Pic du Touron, souffle court et changement de spot
On a été réveillés plus tôt que prévu par des randonneurs locaux. Visiblement, ils connaissaient bien le parking un peu plus haut. Portières qui claquent, discussions matinales… réveil naturel version montagne. Pas besoin de café pour comprendre que la journée allait être sportive.
Direction le Pic du Touron
Pour ce deuxième jour dans le Champsaur, on s’attaque au Pic du Touron. Une randonnée clairement plus exigeante que celle du Col de la Pisse.
Le départ reprend en grande partie le même sentier que la veille. Et là, honnêtement, c’est un peu redondant. Les premiers kilomètres sont identiques, ce qui donne une impression de déjà-vu. Si vous envisagez ces deux randonnées, je ne recommanderais pas de les faire sur deux jours consécutifs comme nous. Le mieux serait clairement de les enchaîner le même jour en boucle élargie. On n’a simplement pas eu le courage de pousser jusqu’au Pic du Touron la veille. Avec le recul, on aurait peut-être dû.
90 % facile… et 10 % qui piquent
La majeure partie de la randonnée est très accessible. Sentier clair, progression régulière, rien d’extrêmement technique. On avance bien, on discute, on profite.
Puis arrivent les derniers mètres.
Et là, ça change complètement d’ambiance.
Pour atteindre le pic, il ne faut pas avoir le vertige. La pente se redresse, le terrain devient beaucoup plus minéral. Presque plus d’herbe, uniquement de la pierre, des dalles, des cailloux instables. Le sol ressemble par endroits à une plaque d’ardoise éclatée.
Physiquement, c’est dur. Pour le souffle, surtout. Moi qui n’ai déjà pas une capacité pulmonaire exceptionnelle, j’ai clairement souffert. Les derniers mètres sont courts sur le papier, mais interminables dans les jambes et dans les poumons.
On a mangé au sommet, avec la sensation bien méritée d’avoir gagné le panorama.
Autour de nous, quelques vautours tournaient tranquillement dans les ascendances. Silence, vent léger, et cette impression d’être au bout de quelque chose.








Descente technique et vigilance en alpage
La descente n’est pas plus simple. Sur ce terrain caillouteux et pentu, ça glisse. À plusieurs reprises, je me suis retrouvée à déraper légèrement sur les pierres. Ce n’est pas dangereux si on reste concentré, mais il faut être attentif. Clairement pas le genre de descente où on relâche totalement la vigilance.
En contrebas du pic, on aperçoit un troupeau avec des patous. Comme souvent en montagne aujourd’hui, il faut composer avec les chiens de protection. Rien d’anormal, mais ça fait partie des paramètres à intégrer quand on randonne dans le Champsaur ou ailleurs dans les Hautes-Alpes. 😥
⚠️ Sur le tracé Visorando : la fin de la rando fait passer par un sentier qui n’est plus entretenu depuis des années, végétation et chutes d’arbres barrent parfois la route. Je vous déconseille de le suivre, et donc de rester sur le tracé de la rando de la veille.
Pause en terrasse… et petite déception
Comme la veille, on termine la randonnée relativement tôt. Direction la station pour se poser en terrasse.
On retourne dans le même bar. Cette fois, on demande si on peut brancher nos batteries externes ou nos téléphones. À ce moment-là, on n’avait toujours pas de panneau solaire.
Réponse : pas d’eau courante, pas d’électricité.
Sauf qu’il y avait des lumières à l’intérieur, des toilettes fonctionnelles… Bref. On a compris que l’envie de nous dépanner n’était pas là. C’est dommage, surtout quand on consomme sur place. Rien de dramatique, mais ça fait partie des petits souvenirs qu’on garde.
Supérette, apéro et nouveau spot en bord de rivière
En fin de journée, on décide de changer complètement de spot. Le lendemain, on prévoit une randonnée dans un autre secteur, donc inutile de redormir au même endroit.
Avant ça, arrêt à la supérette du coin. Après deux jours à base de nouilles instantanées, on avait besoin (envie surtout) de variété. On repart avec de quoi améliorer l’ordinaire : un peu de saucisson, quelques trucs pour un apéro plus sympa. Toujours des nouilles au programme, mais au moins avec un vrai moment convivial avant.
On trouve un spot en bord de rivière. Une seule vraie place possible.
Et heureusement qu’on est arrivés tôt.
Dans la soirée, on voit plusieurs vanlifers tenter leur chance. Ils ralentissent, observent, espèrent… et repartent. Faire chou blanc après une longue journée, ça doit être frustrant. Ce soir-là, on a mesuré à quel point l’anticipation fait toute la différence en roadtrip.
Douche rapide, apéro au son de l’eau qui coule, dîner simple, et cette sensation d’avoir vécu une journée plus intense que la précédente.



Jour 3 – Le Piolit, lever de soleil et rando coup de cœur
Une fois encore, réveil très tôt. La nuit au bord de la rivière avait bien fait chuter la température. En plein mois d’août, partir en randonnée sans avoir déjà trop chaud, c’est un vrai luxe. C’est aussi ça la montagne : quelques mètres d’altitude en moins, un cours d’eau à proximité, et l’ambiance change complètement.
Direction le départ de rando pour Le Piolit.
Et là, franchement, ça a été ma randonnée coup de cœur du week-end dans le Champsaur.
Une montée progressive au lever du soleil
Il existe deux itinéraires pour atteindre le sommet du Piolit. Nous avons choisi le plus long, celui qui monte progressivement autour d’un grand alpage.
On a commencé à marcher avec la lumière qui apparaissait doucement derrière les montagnes. Voir le soleil se lever en pleine ascension, c’est un moment à part. Le paysage se teinte progressivement, les reliefs prennent du volume, et on avance presque en silence.





Contrairement aux deux randonnées précédentes, ici, la promesse est différente. Les jours d’avant, les panoramas étaient beaux, mais principalement tournés vers l’alpage et les montagnes environnantes. Quand on est habitué aux vues lac + montagne autour d’Embrun, on devient un peu exigeant. Je l’avoue : j’avais été légèrement déçue des panoramas des deux premières randonnées.
Mais le Piolit a complètement changé la donne. 😍
Le col de Chorges et la vue sur le lac de Serre-Ponçon
Avant d’atteindre le sommet, on passe par le Col de Chorges. Et là, la magie commence.
Le Lac de Serre-Ponçon apparaît enfin. Ce bleu immense au milieu des montagnes, c’est exactement le type de paysage que j’adore. Cette combinaison lac + sommets, c’est ce qui rend les randonnées autour de la vallée embrunaise si uniques.




On continue ensuite vers le sommet du Piolit.
Et comme pour le Pic du Touron, les derniers mètres se méritent.
Un sommet raide… et spectaculaire
La fin est très raide. Pas de l’escalade à proprement parler, mais franchement, ça grimpe fort. Le terrain est pentu, minéral, exposé. La montée demande un peu d’engagement, et la descente aussi.
Arrivés au sommet, la vue est juste incroyable. À 360°, on embrasse le lac et toute l’étendue montagneuse autour. Là, aucune déception. Juste cette sensation d’être à la bonne place.





Au sommet, deux petits anciens discutaient avec un couple. Quand ces derniers sont partis, ils se sont mis à échanger avec nous. Très sympas. Ils nous ont d’ailleurs appris qu’il existait un autre accès beaucoup plus court pour atteindre le Piolit, avec un parking plus haut. En une heure ou une heure et demie, le sommet est accessible. Bon à savoir pour une prochaine fois, surtout si on veut une ascension rapide avec un panorama spectaculaire.
On a profité du calme pour pique-niquer avant que d’autres randonneurs arrivent.
Attention à la descente en boucle
⚠️ Pour le retour, nous avons choisi une boucle. Sur Visorando, le tracé n’est pas ultra clair à un endroit stratégique. À un moment donné, on a suivi un sentier bien marqué au sol… sauf qu’il descend trop bas sur le flanc de la montagne.
Le tracé officiel recommande de rester sur les crêtes.
Et c’est vraiment ce qu’il faut faire.
Ne pas descendre vingt mètres en contrebas. Sinon, on se retrouve bloqué, obligé de remonter en s’aidant des mains pour retrouver la crête. Ce n’est pas dangereux pour un adulte en bonne forme, mais ça surprend. On s’est fait avoir, et vu la trace visible, on ne doit pas être les seuls.
Une fois sur la crête, en revanche, c’est magnifique. La vue change complètement. À l’aller, on voit surtout le vallon dans lequel on évolue. Au retour, depuis la crête, on profite d’une double lecture du paysage : d’un côté le vallon parcouru, de l’autre l’immensité des montagnes qui s’étendent vers le lac.
La boucle prend alors tout son sens.

Retour à la voiture et fin de week-end
On a rejoint la voiture en début d’aprem, avec cette sensation d’avoir terminé sur le plus beau moment du séjour.
Retour à la maison, et cette fois-ci, pas de terrasse de bar. Juste une vraie douche chaude. Enfin chaude… mais pas trop, parce qu’en plein mois d’août, il faisait encore très chaud dehors.
On a terminé la journée simplement, à la maison, avec un verre pour clôturer ces trois jours dans le Champsaur.
Et franchement, après trois randonnées, des réveils à l’aube, des montées raides et des descentes techniques, ce n’était pas désagréable de retrouver un peu de confort.

Conclusion – Le Champsaur, la tente de toit… et déjà des envies d’ailleurs
Ce week-end de trois jours dans le Champsaur nous a confirmé une chose : le paysage haut-alpin se prête parfaitement au camping sauvage en tente de toit. Pouvoir se poser la veille au départ d’une randonnée, dormir au plus près du sentier, se lever avec la lumière du jour et partir avant la foule… c’est un vrai luxe. En plein mois d’août, alors que tout le monde cherche à éviter les bouchons et la chaleur, cette liberté change complètement l’expérience.
La tente de toit permet vraiment d’optimiser les randonnées. On démarre tôt, on profite des températures fraîches, on savoure les levers de soleil en altitude. Et surtout, on évite le ballet des voitures en milieu de matinée.
Les paysages du Champsaur sont beaux, clairement. Les alpages sont vastes, les reliefs harmonieux, les panoramas ouverts. Mais on ne va pas se mentir : dès que la vue bascule vers la vallée embrunaise et le Lac de Serre-Ponçon, tout change. La présence du lac apporte une dimension supplémentaire. Plus de contraste, plus de profondeur, plus d’émotion aussi. Cette combinaison eau + montagne reste, pour moi, imbattable.
Le Piolit a été la parfaite illustration de ça : dès que le regard accroche le bleu du lac, le paysage prend une autre intensité.
Alors oui, le Champsaur est une belle destination pour un week-end de randonnée dans les Hautes-Alpes. Mais on sait déjà que le prochain séjour de trois jours (très probablement autour du 15 août, histoire de fuir encore une fois l’agitation) se fera sans doute dans le Valgaudemar.
Parce qu’en montagne, il y a toujours une vallée à explorer. ☀️
